# Bariloche et la région des lacs, à hauteur de marcheur

*Patagonie · Récit & guide, par Mathieu Estève. Mis à jour : août 2026.*

## En bref
- Bariloche, dans la province de Río Negro, est une base commode entre steppe et forêt andine, au bord du lac Nahuel Huapi.
- Le Circuito Chico se fait en voiture ou à vélo en une demi-journée ; la route des Sept Lacs demande une journée pleine vers San Martín de los Andes.
- Le Cerro Campanario offre le panorama pour un effort minime ; le refuge Frey, depuis le Cerro Catedral, réclame environ 700 m de dénivelé.
- Le vent d'ouest est presque constant : mieux vaut caler marches et vélo le matin, quand c'est plus calme.

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Le bus est arrivé à Bariloche vers sept heures du matin, sous une pluie fine qui hésitait à devenir de la neige. J'avais dormi par tranches de vingt minutes, calé contre la vitre, et la première chose que j'ai vue en descendant, c'est le lac. Le Nahuel Huapi, gris ardoise ce jour-là, si large qu'on ne voit pas l'autre rive. J'ai posé mon sac, respiré un grand coup, et pensé bêtement que ça ressemblait à un lac de Pyrénées qu'on aurait tiré vers l'infini.

Je marche depuis vingt ans dans les Pyrénées. Pic du Midi, Néouvielle, les crêtes autour de Cauterets, ce genre de terrain. Alors quand des gens me parlaient des Andes, je hochais la tête poliment sans trop y croire. On m'avait dit « c'est pareil mais en plus grand ». Formule commode et fausse. La région des lacs, autour de San Carlos de Bariloche, n'est pas une version agrandie de chez moi. C'est autre chose. Plus de vent, plus d'eau, une lumière qui change quatre fois dans l'après-midi, et une manière très argentine de ne jamais être tout à fait pressé.

Bariloche, c'est une ville d'environ cent trente mille habitants posée dans la province de Río Negro, à la charnière de la steppe patagonne et de la forêt andine. Les gens y viennent surtout pour deux choses : le ski en hiver et la randonnée le reste de l'année. Et le chocolat, mais j'y reviens. La ville elle-même ne m'a pas ému. Des immeubles un peu quelconques, une avenue commerçante, un centre civique en pierre qui joue la carte alpine. Ce n'est pas là que ça se passe. Ça se passe dès qu'on sort, dès qu'on prend la route de l'ouest le long de l'eau.

## Le Nahuel Huapi, un lac qui a la forme d'une main

Sur la carte, le lac ressemble à une main aux doigts écartés. Des bras d'eau qui s'enfoncent entre les montagnes, des presqu'îles, des îles. Il fait autour de cinq cent cinquante kilomètres carrés et descend, paraît-il, à plus de quatre cents mètres de fond par endroits. Je n'ai pas vérifié moi-même, faute d'équipement. Ce que j'ai vérifié, c'est la température de l'eau : un après-midi de novembre, j'ai trempé les jambes jusqu'aux genoux pour dire que je l'avais fait. Douze, treize degrés peut-être. On ne s'y baigne pas longtemps, sauf les enfants et deux Allemands que rien n'arrête.

Tout ce coin est protégé par le parc national Nahuel Huapi, le plus ancien du pays, créé dans les années 1930 sur un terrain donné par un naturaliste dont le nom revient partout ici, Francisco Moreno, dit le Perito Moreno. Ce n'est pas le glacier, ça, c'est plus au sud, du côté d'El Calafate, c'est l'homme. Un géographe qui a arpenté ces vallées quand il n'y avait ni route ni bus de nuit. Le parc couvre plus de sept mille kilomètres carrés, de la forêt humide de l'ouest jusqu'aux plateaux secs de l'est. On passe de la jungle froide au désert en une heure de voiture, et ça, ça surprend toujours.

Un mot sur les arbres, parce qu'ils comptent. La forêt andine patagonne est faite de coihues, de lengas, de ñires, des hêtres du Sud, cousins lointains de nos hêtres à nous. En automne, les lengas virent au roux et à l'orange sur des versants entiers. Il y a aussi l'arrayán, un arbre à l'écorce couleur cannelle, froide au toucher, presque irréelle. J'en parlerai plus loin, il y a une forêt entière de ces arbres-là qu'on va voir en bateau.

### Le Cerro Campanario, ou comment être payé sans effort

Commençons par le sommet le plus facile, parce qu'il donne le meilleur rapport panorama sur peine. Le Cerro Campanario culmine à mille cinquante mètres environ, ce qui n'impressionne personne. On y monte à pied en trois quarts d'heure par un sentier raide et poussiéreux, quatre cents mètres de dénivelé grosso modo, ou bien on prend le télésiège si on a les genoux fatigués ou l'honnêteté de reconnaître qu'on est en vacances. J'ai fait les deux, à deux jours d'écart. À pied, on transpire, on râle, on arrive en haut le souffle court. En télésiège, on regarde ses chaussures et on se sent un peu tricheur. Le panorama est le même.

Et quel panorama. En haut, une plateforme et un café où l'on sert un chocolat chaud correct. En dessous, la main du lac s'ouvre en entier : le Nahuel Huapi d'un côté, le lac Moreno de l'autre, la presqu'île de Llao Llao qui s'avance dans l'eau, des îles semées comme au hasard, et derrière, la ligne des Andes encore blanche en début de saison. Un magazine américain a classé cette vue parmi les plus belles du monde, dit-on. Les classements me font sourire, mais je comprends. J'y suis resté quarante minutes sans parler, ce qui chez moi est un signe.

> On m'avait vendu les Andes comme des Pyrénées en plus grand. C'est faux. Ce n'est pas une question de taille, c'est une question de vent et d'eau, et le vent, ici, a son mot à dire sur tout.
>, Mathieu Estève

## Le Circuito Chico, la boucle qu'on ne rate pas

Le Circuito Chico est le grand classique de Bariloche, et pour une fois le classique mérite sa réputation. C'est une boucle routière d'une soixantaine de kilomètres qui part vers l'ouest et longe les lacs, les points de vue et les forêts. On peut la faire en voiture en une demi-journée, à vélo si on a les mollets et de la patience, ou en s'arrêtant à chaque belvédère pour ne rien manquer. Je l'ai faite en louant un vélo un jour où il ne faisait pas trop de vent, ce qui, je l'ai appris, est une condition rare.

La route passe par le Cerro Campanario, puis file vers la presqu'île de Llao Llao. Là se dresse un hôtel du même nom, une grosse bâtisse de rondins et de pierre construite dans les années 1930, devenue un symbole de la région. Je n'y ai pas dormi, les tarifs sont à la hauteur de la vue, il faut compter beaucoup, mais on peut se promener autour, boire un café sur la terrasse, marcher jusqu'à la petite chapelle San Eduardo et flâner sur les sentiers courts du bois voisin. Le bosque de arrayanes de Llao Llao, un petit sentier plat entre les troncs cannelle, se fait en une heure aller-retour et ne demande aucune condition physique particulière.

Un peu plus loin sur la boucle, il y a Colonia Suiza, un hameau fondé par des colons suisses au XIXe siècle. Le dimanche et le mercredi, on y prépare le curanto : de la viande, des saucisses, des légumes et des galettes cuits ensemble dans un trou creusé dans le sol, recouvert de feuilles et de terre, sur des pierres brûlantes. On soulève la terre en fin de matinée dans un nuage de vapeur, c'est théâtral et ça sent bon. J'ai attendu une heure et demie ma part, assis sur un banc, et je n'ai pas regretté. Le goût de fumée reste dans les vêtements deux jours.

### Un mot honnête sur le vent

Il faut que je parle du vent, parce que personne ne m'avait prévenu à sa juste mesure. En Patagonie, le vent d'ouest souffle presque en continu, et sur les lacs il forme des rafales qui vous poussent le vélo de côté. Un après-midi entre Llao Llao et Bariloche, j'ai eu des rafales que j'estime à soixante ou soixante-dix kilomètres-heure, de face, sur une portion plate. J'ai mis quarante minutes à faire cinq kilomètres, tête baissée, à jurer en occitan. Ce n'est pas dangereux si on est prudent, mais ça change une sortie du tout au tout. Le matin est souvent plus calme. J'ai fini par caler mes marches et mes tours de vélo avant midi, quand c'était possible.

## Le Cerro Catedral, ski l'hiver, marche l'été

Le Cerro Catedral est la grosse station de la région, une des plus étendues d'Amérique du Sud. En hiver, de juin à septembre dans l'hémisphère sud, ne l'oublions pas, on y skie sur des pentes qui montent vers deux mille mètres, avec vue sur le lac au fond. Je n'y étais pas en saison de neige, donc je m'abstiens de raconter des pistes que je n'ai pas descendues. Ce que je peux dire, c'est ce que j'ai vu l'été : une base de départ un peu déserte, des télécabines à l'arrêt, et surtout un point de départ pour la haute montagne.

De Catedral part un sentier vers le refuge Frey, un des plus fréquentés du parc. Comptez trois à quatre heures de montée, autour de sept cents mètres de dénivelé positif, sur un sentier qui longe d'abord le versant puis grimpe dans un cirque de granite spectaculaire, la Laguna Toncek, cernée d'aiguilles où grimpent les amateurs d'escalade. Le refuge, en pierre, sert des repas simples et de la bière. J'y suis monté par une matinée claire, et redescendu sous des nuages arrivés de nulle part en une demi-heure. La météo tourne vite ici, comme sur nos crêtes, mais avec moins de préavis. J'avais une polaire et une veste imperméable dans le sac, et je m'en suis servi des deux.

Un détail que j'ai appris à mes dépens : les distances sur les panneaux sont indiquées en heures, pas en kilomètres, et ces heures sont calculées pour un marcheur régulier chargé normalement. Si vous flânez, si vous photographiez, ajoutez du temps. Le sentier vers Frey n'est pas technique mais il est long, et la dernière heure, dans les blocs, se mérite.

### Choisir sa journée : trois options qui ne se ressemblent pas

On me demande souvent, avant de partir, ce qu'il faut voir « si on n'a qu'un ou deux jours ». Je n'aime pas trancher pour les autres, alors voici plutôt un tableau qui compare trois sorties très différentes, selon l'envie, la forme et le temps disponible. À chacun d'y piocher.

| Sortie | Durée type | Effort | Ce qu'on y gagne |
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| Circuito Chico | Demi-journée à journée | Faible (voiture ou vélo) | Les lacs, Llao Llao, Colonia Suiza, belvédères en enfilade |
| Route des Sept Lacs | Une journée complète | Faible (route), long en voiture | Villa La Angostura, San Martín de los Andes, sept lacs en chapelet |
| Cerro Catedral / refuge Frey | Journée de marche | Soutenu (700 m de D+) | Haute montagne, granite, laguna d'altitude, refuge |

## La route des Sept Lacs, la journée qu'on croit connaître

La route des Sept Lacs relie Villa La Angostura à San Martín de los Andes sur environ cent dix kilomètres de bitume qui serpente entre, vous l'avez deviné, sept lacs principaux, plus quelques autres qu'on ne compte pas. C'est une des plus belles routes que j'aie faites, et je pèse mes mots parce que je me méfie des superlatifs. Ce n'est pas la route en elle-même, c'est le rythme : tous les quarts d'heure, un lac apparaît entre les arbres, chacun d'une couleur un peu différente, du vert bouteille au bleu presque suisse.

Villa La Angostura, sur la rive nord du Nahuel Huapi, est un village coquet, un peu chic, avec des maisons en bois et des chocolatiers à chaque coin de rue. C'est de là que part le bateau ou la marche vers le parc national Los Arrayanes, cette forêt d'arrayanes dont je parlais, la vraie, sur une longue presqu'île. Le sentier fait douze kilomètres environ, plat, en forêt, et se termine dans ce bois aux troncs orange qui a, dit-on, inspiré des dessinateurs. La légende Disney court ici ; je la rapporte sans y croire, mais l'endroit vaut la marche même sans conte de fées.

Plus au nord, à l'écart de la route principale, il y a Villa Traful, au bord d'un lac étroit et profond enfoncé entre deux versants. C'est plus sauvage, moins fréquenté, le genre d'endroit où l'on entend le vent dans les araucarias et pas grand-chose d'autre. J'y ai passé une nuit dans une cabane sans réseau téléphonique, et c'est le souvenir le plus tranquille que je garde du voyage.

Au bout de la route, San Martín de los Andes s'étire au fond du lac Lácar, déjà dans la province voisine de Neuquén. Village plus grand, plus touristique, mais bien tenu, avec une architecture de bois réglementée qui lui donne une allure d'ensemble. On y mange bien, on y boit de la bière artisanale, et on repart le lendemain repu et un peu lent. Faire la route dans les deux sens dans la journée, c'est possible mais fatigant ; s'arrêter une nuit à mi-chemin, c'est mieux.

## Sur l'eau : Puerto Blest, Isla Victoria, et les coins plus discrets

Une bonne partie de la région ne se voit bien que du lac. Depuis Puerto Pañuelo, près de Llao Llao, partent les bateaux vers Puerto Blest, tout au fond d'un bras occidental du Nahuel Huapi. La traversée dure une heure et demie environ, dans un paysage qui devient de plus en plus vert et de plus en plus mouillé à mesure qu'on avance vers l'ouest et la frontière chilienne. Là-bas tombe la vraie pluie, cinq mètres d'eau par an d'après ce qu'on m'a dit, une forêt froide et suintante, des cascades, des fougères. On croirait un autre pays.

Isla Victoria, la grande île au milieu du lac, se visite aussi en bateau. Sentiers courts, plages de sable clair, une forêt plantée au début du siècle dernier avec des essences venues d'ailleurs, séquoias compris. C'est joli, un peu domestiqué, bien pour une demi-journée sans effort. J'avoue avoir préféré les coins plus rugueux, mais je comprends qu'on aime marcher pieds nus sur cette plage quand il fait beau.

Plus près de la ville, au sud, le lac Gutiérrez offre une alternative moins courue au Nahuel Huapi. On peut le longer à pied ou en vélo, se baigner dans ses eaux à peine moins glaciales, ou monter vers la Cascada de los Duendes, une petite cascade en forêt accessible en une heure de marche facile depuis la route. C'est le genre de sortie qu'on fait un jour où l'on ne veut pas trop en faire, et il en faut, des jours comme ça.

### Le chocolat, sujet sérieux

Je ne peux pas parler de Bariloche sans parler du chocolat, parce que la ville en a fait une religion. L'avenue Mitre, dans le centre, aligne les boutiques : de grandes maisons historiques fondées par des familles d'origine italienne ou allemande, des vitrines pleines de tablettes, de branches, de fondues. On raconte que la tradition remonte aux immigrants européens qui ont retrouvé ici un climat et des forêts qui leur rappelaient chez eux. Le chocolat y est bon, franchement, un peu sucré à mon goût de montagnard austère, mais la branche fourrée à la framboise que j'ai mangée sur un banc face au lac, un jour de vent, restera. J'ai acheté trois tablettes pour rapporter et j'en ai mangé deux avant l'aéroport. Ceci n'est pas un conseil, c'est un aveu.

## Quelques repères pour organiser, sans faire la leçon

Je me méfie des guides qui vous disent quoi faire heure par heure, alors je vais me contenter de partager ce que j'ai observé. La meilleure période dépend de ce qu'on cherche. Pour la marche et les couleurs, l'été austral et surtout l'automne, de décembre à avril, offrent des journées longues et une forêt qui flambe en fin de saison. Pour le ski, c'est l'hiver, de juin à septembre, quand le Cerro Catedral tourne à plein. Le printemps, novembre, garde des sommets enneigés et des vallées déjà vertes, c'est ce que j'ai eu, et le compromis m'a plu. Sur le calendrier détaillé, mieux vaut lire une page dédiée comme [quand partir en Patagonie](/preparer-voyage/quand-partir/quand-partir-patagonie.html) avant de bloquer des dates.

Bariloche se rejoint en avion depuis Buenos Aires en un peu plus de deux heures, ou par bus de nuit pour ceux qui ont le dos solide et du temps. La ville est une base commode : beaucoup viennent y passer trois ou quatre jours avant de descendre vers le sud, vers les grands glaciers d'[El Calafate](/destinations/patagonie/el-calafate.html) ou plus loin encore jusqu'à [Ushuaia](/destinations/patagonie/ushuaia.html), tout au bout du continent. Ceux qui veulent enchaîner les sentiers plus au sud trouveront de quoi lire du côté du [trek en Patagonie](/experiences/nature-trek/trek-patagonie.html), qui déborde largement de la région des lacs.

Côté budget, je reste vague parce que les prix bougent vite en Argentine et que je n'ai pas envie de raconter des chiffres périmés. Comptez large pour l'hébergement à Llao Llao, plus raisonnable en ville ou en auberge, et prévoyez du liquide : les cartes passent, mais pas toujours, et le change se joue parfois de manière étonnante. Une location de voiture facilite grandement le Circuito Chico et la route des Sept Lacs ; sans véhicule, il existe des bus locaux et des excursions, moins souples mais bien pratiques.

Ce qui me reste de Bariloche, quand je ferme les yeux, ce n'est pas une carte postale. C'est le bruit de l'eau contre les galets un matin sans vent, l'odeur de fumée du curanto, la fatigue heureuse en redescendant de Frey avec les nuages dans le dos, et une branche de chocolat mangée trop vite. On m'avait promis des Andes en grand format. J'ai trouvé mieux : un endroit qui ne cherche pas à impressionner, et qui y arrive quand même, presque par accident. Je repartirai. Cette fois je resterai plus longtemps du côté de Traful, là où le téléphone ne capte pas.
